Les Néandertaliens ont disparu du nord-ouest de l'Europe plus tôt que ce que l’on pensait
Une équipe multidisciplinaire de chercheurs issus d’institutions Belges, Anglaises et Allemandes – dont fait partie le Pr Valentin Fischer de l’EDDy Lab de l’ULiège - révèle que des restes humains emblématiques de la paléoanthropologie belge que sont les Néandertaliens de Spy, d’Engis et de Fonds-de-Forêt sont des milliers d'années plus anciens que ce qui avait été précédemment établi. Une datation qui a pu être confirmée par l’analyse d’échantillons notamment issus des collections de l’Université de Liège. Cette étude fait l’objet d’une publication dans PNAS.
L
es restes de Néandertal en Belgique – notamment les restes fossiles de la grotte de Spy - ont longtemps intrigué les scientifiques car leur datation avait donné des âges très « jeunes », à savoir d’environ 37 000 ans. Des âges qui les plaçaient parmi les derniers Néandertaliens survivants d’Europe. Une équipe de recherches, dont fait partie Valentin Fischer, directeur de l’EDDyLab (UR Geology/ Faculté des Sciences), a souhaité revoir cette datation pensant qu’une possible contamination des échantillons rendait ces âges douteux. Pour ce faire, l’équipe a eu recourt à des échantillons issus des collections de paléontologie de l’Université de Liège.
Utilisant une autre méthode avancée de datation radiocarbone, le Dr Thibaut Devièse, Grégory Abrams et leurs collègues ont pu redater une série de Néanderthaliens. A cette méthode a été ajoutée la séparation par chromatographie liquide qui leur a permis d’extraire un seul acide aminé des restes de Néandertal pour la datation. Cette approche dite "sur composés spécifiques" permet aux scientifiques d'éliminer les contaminants carbonés qui ont pu être apporté sur les échantillons, tels que ceux de la colle qui a été appliquée sur les fossiles. Des contaminants qui ont très certainement biaisé les datations précédentes des Néandertaliens belges, les « rajeunissant » de plusieurs milliers d’années.
“Les nouvelles méthodes de chimie que nous avons appliquées dans cette étude constituent le seul moyen de décontaminer ces ossements néandertaliens clés pour la datation radiocarbone et de vérifier que les contaminations ont été entièrement éliminées, explique le Dr Thibaut Devièse, chercheur à l’Université Aix-Marseille et premier auteur de l’article. Cela nous donne un haut degré de confiance dans les nouveaux âges obtenus pour ces spécimens importants.”
En appliquant ces méthodes à une omoplate de Néandertalien de Spy – un spécimen issu des collections de l’ULiège – les chercheurs ont pu expliquer la mauvaise datation et donc l’âge particulièrement jeune du fossile, par une forte contamination par de l'ADN de bovidés qui suggère que l'os a été consolidé à l’aide d’une colle préparée à partir d'os de bovins. « Nous avons aussi (re)daté d’autres individus néandertaliens provenant des grottes d’Engis et de Fonds-de-Forêt, précise Grégory Abrams, conservateur au Centre archéologique de la grotte Scladina. Pouvoir dater ces différents spécimens était assez excitant tant ils ont joué un rôle majeur dans la compréhension et la définition de l’Homme de Néandertal. Près de deux siècles après la découverte de l’Enfant d’Engis, nous avons été en mesure de lui fournir un âge plus fiable.”
C’est Valentin Fischer, Directeur de l’EDDyLab de l’ULiège qui a eu la lourde tâche du choix des spécimens et de l’endroit exact à analyser. « L'Université de Liège abrite à la fois les fossiles de Spy et d'Engis; ce sont des fossiles néandertaliens cruciaux et l'une de mes tâches fût de sélectionner la zone où l'os fossile serait échantillonné pour que ces analyses puissent produire des résultats crédibles. Avant l'échantillonnage, nous avons réalisé une modélisation en 3D ces spécimens afin de conserver le signal morphologique intact pour les générations futures.»
Sur la base de ces nouvelles dates obtenues au radiocarbone, les chercheurs estiment que les Néandertaliens auraient disparu de la région il y a environ 44 200 à 40 600 ans, soit bien plus tôt que ne le suggéraient les estimations précédentes. “La datation est un élément crucial de l’archéologie, conclu le Pr Tom Higham de l’Université d’Oxford qui dirige le projet de recherche PalaeoChron. Sans un contexte chronologique fiable, nous ne pouvons pas construire de scénarios valables quant à la compréhension des relations entre les Néandertaliens en déclin et les Homo sapiens qui sont entrés en Europe il y a 45 000 ans. C’est pour cela que ses méthodes sont si exaltantes car elles fournissent des dates plus précises et plus fiables.”
Les résultats soulignent la nécessité de méthodes de prétraitement robustes lors de la datation des restes humains fossiles afin de minimiser les biais dus à la contamination, selon les auteurs. Et l’équipe de conclure que désormais, l’attention se portera sur d’autres pièces archéologiques, comme l’outillage osseux, afin d’affiner davantage notre compréhension de la transition culturelle entre les Néandertaliens et les Hommes anatomiquement modernes en Europe du Nord-Ouest.
Modelage 3D des spécimens de l’étude
Specimens d'un neandertalien de Spy
Specimen d'un enfant néandertalien d'Engis
Référence scientifique
Deviese T, Abrams G, Hajdinjak M, Pirson S, De Grotte I, Di Modica K, Toussaint M, Fischer V, Comesky D, Spindler L, Meyer M, Semal P & Higham T. 2021. Reevaluating the timing of Neanderthal disappearance in Northwest Europe. PNAS.
Contacts
Thibaut Devièse | Centre de Recherche et d'Enseignement de Géosciences de l'Environnement (CEREGE), Aix-Marseille University.
Grégory Abrams | Centre archéologique de la grotte Scladina, Andenne
Valentin Fischer | EDDy Lab | UR Geology | Université de Liège
